jeudi 6 avril 2017

Inde : expériences diverses

AUTO-STOP


     Comme dans la majorité des pays que j'ai traversé le stop n'est pas connu des locaux. Cependant, arrêter un véhicule n'est pas si difficile. La difficulté commence lorsque la vitre s'abaisse et qu'il faut expliquer au conducteur ce que vous faîtes. Une fois le principe compris - ce qui prend plusieurs minutes - la majorité des véhicules repartent sans vous. L'un s'est arrêté, mais tourne 200 mètres plus loin, l'autre voulait être payé. Le 3ème va dans votre direction, mais pas EXACTEMENT à votre destination : vous pouvez passer 10 minutes à lui expliquer qu'il peut tout de même vous emmenez sur 70 kms et que ça vous arrangerait mais il refusera et repartira.

     Entre chacune de ces voitures, 3 scooters se sont arrêtés pour vous demander s'ils pouvaient vous aider, vous emmener à la gare ou simplement pour vous regarder et se marrer. Vous demandez aux plus curieux de s'en aller car il vous empêche de faire du stop, mais au bout d'un moment c'est vous qui êtes obligés de bouger. L'Indien sait être patient, surtout quand il s'agit de regarder un étranger. 

Pause Chaï dans un village. Les villageois viennent admirer l'étranger
     Bien sûr chacune des ces personnes aura commencé, avant même de vous saluer, par vous demandez "Where do you come from?", question posée dans tous les pays, mais qui tourne à l'obsession en Inde. 


    Cependant, Une fois que l’on a trouvé la bonne voiture, tout devient plus simple. Un certain nombre d’Indiens parlent anglais, ce qui rend réellement intéressant l’expérience. On peut apprendre et découvrir le pays de cette manière.

     Concernant les camions, la situation est plus compliqué car aucun de mes chauffeurs ne parlaient vraiment anglais. L’état dégradé des routes et les camions, qui sont loin des standards européens, rendent les voyages lents et inconfortables. Pour une distance de 100 km, comptait en moyenne 4 heures de trajet.

Camion Tata. La majorité des camions sont de marques Tata. Vitesse de pointe : 40 km/h.


     L’Inde est donc probablement le pays que j’ai traversé où le stop est le plus difficile. Cependant, j’ai tout de même réussi à faire 10 000 kms, soit le tour de l’Inde. Le trajet le plus long a été entre Pondichéry et Calcutta, soit 1800 kms dont les derniers 750 kms avec un camion. Il m’a fallu 4 jours pour ce trajet. L’auto-stop en Inde, un exercice difficile, mais riche en rencontres et en bonnes surprises.

Calcutta : 1720 kms.

HELP X


     J'ai passais deux semaines dans une ferme bio du Punjab. Au programme, peu d'agriculture, mais surtout la fabrication de briques en terre pour la construction d'une habitation écologique. Un travail assez répétitif et qui fait mal au dos, mais les salariés avec qui je travaillais sont sympas.






     Cela m'a aussi permis d'en connaitre plus sur l'agriculture de l'Inde. Il serait trop long d'écrire sur l'agriculture indienne, mais voici quelques tendances. Les fermes indiennes sont de petites tailles et la majorité des paysans possèdent moins d'un ha. Après l'indépendance de l'Inde, le gouvernement a mis en place une politique de révolution verte pour être auto-suffisant et avoir une meilleure "sécurité alimentaire". Les intrants chimiques, les semences hybrides puis plus tard les OGM ont certes permis d'augmenter les rendements, mais ont fait aussi exploser les coûts des intrants des fermes. Beaucoup de fermiers se sont endettés et s'endettent encore aujourd'hui. Nombre d'entre eux sont dans l'incapacité de rembourser leurs dettes. Ces raisons font que les taux de suicide parmi les paysans sont extrêmement élevés, 12 400 en 2014

Je me suis pour ma part intéressé à d'autres méthodes de production. Parmi les solutions alternatives, on peut noter l'organisation "Annadana" qui tente de sauvegarde les graines traditionnelles mis en péril par les OGM et les semences hybrides, ou encore des travaux d'apprentissage de l'agro-écologie par l'université de la très célèbre Dr. Navdanya.

DESCENTE DES DRAPEAUX :

Lors de ma visite d’Amritsar, j’ai eu l’occasion d’assister à la descente des drapeaux de la frontière Wagah entre l’Inde et le Pakistan. Cette frontière est la plus gardée au monde. J’y suis allé en m’attendant à un évènement nationaliste. En fait, il s’agit d’un véritable show, avec un jeune présentateur, qui « chauffe » le public, qui lui-même essaye de faire le plus de bruit possible pour se faire entendre par son meilleur ennemi.





Militaires indiens

Militaires indiens

Le nombre de personnes à l’intérieur de l’enceinte est impressionnant côté indien, un agrandissement de l’enceinte est d’ailleurs en cours. A l’inverse côté pakistanais, peu de monde.

Descente des drapeaux, à droite le drapeau pakistanais, à gauche le drapeau indien

KATHAKALI :


     Le Kathakali est un art mélangeant danse et théâtre originaire du Kerala. A l’origine, une pièce dure 6h, mais aujourd’hui, la majorité du Kathakali est joué pour des touristes. J’ai assisté à une pièce à Kochi. L’art du Kathakali est d’abord expliqué. Tout se passe au niveau du visage, des expressions. Il n’y a pas de paroles, tout est dans le jeu. Les acteurs sont tous maquillés de différentes couleurs. Le Kathakali a aussi une signification religieuse.

Acteur Kathakali (source : wikipedia)

     Après les explications, les acteurs jouent une petite partie d’une pièce, environ 1h. J’ai lu par la suite un livre indien, "Le Dieu des petits Rien",  qui se déroule dans l’état du Kerala. Le Kathakali est évoqué, mais surtout le fait que les troupes, ne trouvant plus assez de public devant qui jouer les pièces de 6 h, se sont tournées vers les touristes pour survivre. Après avoir joué devant les touristes une ébauche de leur art, ils se retrouvaient dans un temple, se défonçaient au haschisch et jouaient la totalité de la pièce pour s’excuser face aux Dieux de « prostituer » ainsi leur art.

Kathakali (source : Wikipedia)

AMRITAPURI :

     Aller passer quelques jours dans un Ashram est une expérience que je voulais vivre en Inde. Un Ashram est un lieu hindou où règne spiritualité, religion et méditation. Celui-ci est dirigé par un gourou. Certains Ashram ont une réputation plus ou moins sulfureuse. Dans certains, l’activité principale constitue à fumée du shit.

     Je ne savais pas vraiment quel ashram choisir, je me suis donc remis à ce que j’ai entendu pendant mon voyage. L’ashram dont on m’a peut-être le plus parlé, et en bien est celui d’Amma, à Amritapuri. Il s’agit aussi d’un des très rare Ashram dirigé par une femme. La spécialité d’Amma est de donner le Darshan, c’est-à-dire une étreinte de quelque secondes. Parait-il qu’elle dégage une énergie positive. Des milliers de personnes font le déplacement à Amritapuri (l’Ashram d’Amma) pour recevoir le darshan et pratiquer des activités autour de la spiritualité, la méditation, la religion.

Amma (source : Wikipedia)

     Nous dormons tous sur le site et je partage la chambre avec un Allemand. « C’est la première fois que tu viens ? » est une des questions les plus courantes. Mon camarade de chambre est là pour la seconde fois, « la première fois je suis resté un an. » Rien que ça. Je me rends compte qu’il a autant d’étrangers que d’Indiens et que certains sont des permanents, ils dévouent leurs vies à Amma. Je me présente donc le premier jour pour recevoir le Darshan. Pour être honnête, je suis ressorti à peu près le même qu’avant.

Amma (source : Wikipedia)

     Amma a commencé le Darshan très tôt dans sa vie. Elle a commencé à prendre des gens dans ses bras à l'age de 9 ans.Elle aurait donné le Darshan à 34 millions de personnes, selon le site internet d'Amma. Certains jours, elle peut donner le Darshan pendant 15 heures d’affilé voire plus. Elle a déjà donné le Darshan pendant 22h sans interruption.

     Aujourd’hui, il s’agit d’une des guides spirituelles les plus connues, notamment dans l’hindouisme. Ce qui m’a le plus marqué c’est la dévotion de certains. Des Français rencontrés dans la file pour faire le Darshan me disent : « Amma est la mère universelle, c’est l’incarnation de Dieu sur terre. » Certains sont en pleurs au moment du Darshan. Moi qui suit quelqu’un de très terre à terre et toujours très sceptique face aux discours religieux, je dois dire qu’à plusieurs reprises je suis resté bouche-bée.

     Au-delà de ce côté spirituel et religieux auquel chacun y donne l’importance qu’il veut, je m’identifie totalement aux discours de paix et d’amour dans le monde que propage Amma. Sa fondation « Embrassing the world » aide les population à l'occasion de catastrophes climatiques ou agit en faveur de l'éducation, de l'émancipation des femmes, de la lutte contre la faim ou le mal-logement.


Une partie des logements du Ashram pouvant abriter 3000 personnes. 

    Durant la journée, des visites sont organisées, comme l’université ou l’orphelinat gérés par la fondation d’Amma. Les visiteurs sont aussi invités à faire des SEVA, qui sont des volontariats pour permettre le bon fonctionnement du site. Méditations et chants sont organisés par Amma un soir sur deux.

AUROVILLE :

   
    Auroville est une ville expérimentale, souvent présenté comme utopique, dans l'Etat du Tamil Nadu (Inde du Sud) créé en 1968 par une Française, Mirra Alfassa, connue sous le nom de la "Mère". Selon elle, Auroville est "le lieu d'une vie communautaire universelle, où les hommes et femmes apprendraient à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et  nationalités."

Voici la Charte d'Auroville en 4 points pour vous permettre de mieux comprendre... ou pas :

1. Auroville n'appartient à personne en particulier. Elle appartient à toute l'Humanité. Mais pour y séjourner il faut être le serviteur volontaire de la Conscience Divine.

2. Auroville sera le lieu de l'éducation perpétuelle, du progrès constant, et d'une jeunesse qui ne vieillit point.

3. Auroville veut être le point entre le passé et l'avenir. Profitant de toutes les découvertes extérieures et intérieures, elle veut hardiment s'élancer vers les réalisations futures.

4. Auroville sera le lieu de recherches matérielles et spirituelles pour donner un corps vivant à une unité humaine concrète.

     Ces explications étant pour moi absolument incompréhensible, je me suis rendu sur place. Il est très difficile de se faire un avis sur Auroville en n’y restant que deux jours, d’autant plus pour quelqu’un comme moi qui a un esprit très cartésien à des années lumières du Divin. Je me suis renseigné pour faire du volontariat sur place et m’immerger plus dans cette ville, mais depuis peu ce n’est plus possible avec un visa touriste.

     Malheureusement, beaucoup de lieux ne sont pas accessibles aux visiteurs de passage. De plus, à l’inverse d’Amritapuri où tout le monde est très accessible, je n’ai pas trouvé de locaux à qui parler pour mieux comprendre de quoi résulte Auroville. Je n’aurais qu’une discussion au centre d’information avec une résidente. Je lui poserais des questions sur le Divin, mais en sortirais encore plus perdu qu’avant. Ses explications trop abstraite pour moi ne se sont pas imprimé dans mon esprit, je ne peux donc pas vous donner plus d’informations. Venant de l'extérieur, on a l'impression que les locaux se protègent des visiteurs, ce qui en soit est relativement compréhensible quand on sait qu'en journée, il a plus de visiteurs que d'habitants.

Banian, arbre dont les racines poussent des branches pour s'implanter ensuite dans le sol. Il s'agit ici d'un seul arbre.

     Ce qui m'a le plus marqué, c'est que pour un lieu qui prétend que les religions sont dépassées et doivent laisser la place à "une spiritualité transcendant la religion", la Mère apparaît comme une véritable Gourou. Bien qu'elle soit morte en 1973, ou plutôt qu'elle est "quitté son corps" comme on dit à Auroville, elle reste la figure centrale de cette ville. Tout paraît être choisi en fonction des souhaits qu'avait exprimé la Mère avant de mourir. Elle est morte à l'age de 95 ans, soit 5 ans après avoir créé Auroville à l'age de 90 ans.

La Mère, fondatrice d'Auroville (source : auroville.org)

     Cependant, je dois bien dire que j’ai apprécié la ville en elle-même. Très verte, propre, peu de voitures. La nature et l’environnement ont une place importante dans la planification de la ville. La majeure partie des forêts ont été replantées depuis la création d’Auroville. Le Matrimandir, figure centrale de la ville, lieu de spiritualité, donne un réel côté mystique à la ville et est assez impressionnant vu de l’extérieur. Pour cela, il est claire que l'on ne se sent pas en Inde.

Matrimandir, le temple de la Mère en Sanskrit
    Voici le site internet pour ceux qui sont intéressé.

CENTRE MÈRE TERESA :

     Une autre expérience que j’avais cochée avant mon arrivée en Inde. Tout le monde connaît plus ou moins Mère Teresa et son oeuvre, notamment son centre de Calcutta. Popularisée en partie par le livre "La cité de la Joie", Mère Teresa s'est occupée des plus pauvres entre les pauvres, les lépreux, les mourants laissés pour compte dans la rue. Calcutta est le premier centre que mère Teresa est ouvert, d'abord un site que l'on appelait un mouroir. La pauvreté est d'ailleurs à chaque coin de rue dans cette ville. Le centre est géré aujourd'hui par les missionnaires de la charité, des Sœurs qui dévouent leurs vies aux Pauvres, suivant la voie de Mère Teresa, le plus importants étant de leur donné de l'amour. Le centre comprend aujourd'hui plusieurs sites qui accueillent des enfants ou adultes handicapés, des personnes en fin de vie ou encore une maison de convalescence.

Sainte Mère Teresa. Sa canonisation a eu lieu lors de mon volontariat au centre. (Source : Wikipedia)

     A notre inscription, on choisit dans quel site on veut aider. Je choisis Prem Dan, la maison de convalescence, après une discussion avec d'autres volontaires. Tous les matins, je me rends donc d'abord à la maison Mere Teresa, où l'on prend le petit-déjeuner puis après une prière, les volontaires se rendent sur les différents sites. Le site de Prem Dan est situé à une vingtaine de minutes à pieds où l'on doit  traverser de nombreux bidonvilles.

Maison Mère Teresa (source : Wikipedia)

     Le volontariat commence par étendre la lessive, draps et vêtements des pensionnaires. Ensuite, nous passons du temps avec eux pour les raser, les masser... Nous leur servons le thé avant nous même, volontaires, de prendre notre Chaï indiens. La matinée se termine par le repas, puis la vaisselle. L'après-midi est libre, il n'y a pas de volontariat. Je passerais seulement 5 jours au centre sur les 10 que j'avais prévu car je serais malade les 5 autres jours, une intoxication alimentaire comme seul l'Inde sait en faire.

     Je dois bien dire que je suis assez partagé sur cette expérience. Tout d'abord, le nombre de volontaires est élevé, ce qui fait que la grande majorité des matinées où j'étais à Prem Dan, je ne me suis pas senti si utile. Une certaine frustration en ressort donc. Cependant, il faut bien dire qu'un des grands intérêts de cette expérience et le nombre et la diversité des volontaires. Un Albanais, des Égyptiens, des Sud-Américains... Chacun a ses raisons de venir, donner un coup de main, envie d'être utile ou par croyance religieuse. Les moments passés avec les volontaires fut plus qu'intéressants.

     Le contact avec les pensionnaires fut aussi très intéressant. On voit que ces personnes ont été durement touchées par la vie. Je trouve que d'une manière ou d'une autre ils nous rendent bien le fait que des volontaires viennent passé du temps avec eux, même si malheureusement peu parle anglais. Une critique qui revient souvent dans les centres Mère Teresa est la quasi-absence ou très faible traitement de la douleur. Apporté de l'amour est le plus important pour les Sœurs, mais ne semble pas toujours suffisant pour les pensionnaires.

Missionnaires de la charité dans leurs saris traditionnels (source : Wikipedia)


     Si c'était à refaire je ferais surement différemment. Si je suis aller chez Mère Teresa c'est aussi car c'est le centre le plus connu. Avec du recul, je me dis que j'aurais dû creuser un peu plus les recherches et trouver un endroit où j'aurais pu faire du volontariat et être plus utile.

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